Être écrivain, c'est être Inventif
Je vois dans leurs yeux de la malveillance, une certaine haine, et je me tais, car il n'y a que cela à faire dans un tel cas, odieux et immoral.
La force de mes sentiments se répercute sans cesse dans mon être, essayant de gravir les pentes escarpées de mon cœur, qui sans cesse est submergé par la peur.
Oh... je les perçois, ces monstres, qui regardent de leurs yeux avides ce que je produis, ce que mes mains écrivent, ils veulent comprendre. Ils désireraient connaître la moindre chose, le moindre événement que je crée.
J'aimerais leur crier : "C'est mon enfant ! Rien ne vous appartient !" ou que sais-je encore !
Mais je sais que leur admiration serait ternie par cette sensation : mon regard ne serait que folie, à ce moment-là. Je conçois aussi que ce que j’enfante ne restera jamais totalement mien, notamment quand les griffes rageuses des lecteurs prendront les pages pour les tourner brusquement, espérant certainement trouver encore des secrets, encore des formules magnifiques aux significations logiques, et principalement des événements inattendus.
La vie est féroce.
Je vois des hommes sans tête au-dessus de moi, au-dessus de mes visions, ou bien je vois des figures sans corps. Impression étrange, comme si, avec leurs mains ou leurs yeux, ils essayaient de capturer l'essence même de la création.
Mais laissez-moi avec lui !
L'immonde noirceur de leur bouche semble me happer quand ils me parlent, quand ils me content ce qu'ils admirent. Néanmoins, je ne sais rien de plus que ce que j’accomplis et ce que je lis…
Suis-je vraiment plus grand qu'un autre dans l'immensité de la pensée ?
Ils persistent dans l’horreur, surnagent toute la force de l’imagination, à l’aide de leurs pensées malsaines. Des songes pervers.
Des insectes qui me tournent autour, des nains qui m'observent, imaginant que j'incarne la blancheur de la neige, si pure en clarté. Pourtant, je ne suis pas idiot, de la tentation de la pomme je ne subirai pas les afflux, et de la croquer je n'en ressentirai point l'envie.
Cependant, ils me font peur, tout comme la sorcière, car avec la proximité de leurs mains sales voulant poser sur la couverture leurs doigts semblables à des serres, je me vois seul esclave de leur désir suprême : celui de la perfection.
Mais il n'y a jamais de perfection actuelle.
Jamais de perfection dans le Monde des corps.
Jamais de perfection dans le Beau.
Le Beau, l'art, est sans cesse critiqué ou admiré par les spectateurs. Toutefois, la logique voudrait que ni l'un ni l'autre n'advienne.
Admirer, c'est comparer la peinture, l'écriture, le chant... et tout autre activité artistique, comme égale à la création de la Terre par Dieu, le grand et l'immense créateur, le démiurge. Malgré cela, il est évident que nous ne possédons pas les pouvoirs de la prodigieuse déité. Et de loin, l’artiste ne doit pas se croire aussi puissant que cela, il en perdrait tout ce qui fait le charme de l’art : sa force tangible entre le réel et l’irréel.
Critiquer, jamais, car cela signifie qu'une jalousie se trame au plus profond de l'être et que celui qui critique ne veut même pas essayer de rattraper ce retard, qui restera alors infini. Le jaloux est tant forcé de constater la beauté de l'œuvre, étant sans cesse submergé par la crainte, qu'il pense ne jamais parvenir à égaler ce qu'il considère comme du génie.
Ainsi, l'artiste, le concepteur du Beau, est emporté par l'effluve des sentiments qu'il ressent, par ce qu'il incorpore dans sa création.
Je suis bercé par les mots, je les chéris et je les utilise.
Je n'aime guère parler de ce qui m’a fait ainsi, l’homme actuel que je suis devenu, car les gens éprouvent de la peur quand ils savent que c'est l'écriture, se résumant à une feuille de papier et un crayon, qui m’a formé. Qui m’a vêtu d’un costume, faisant de moi un être comme l'Inventif Ulysse, fils de Laërte et Anticlée.
Je ne me compare pas à lui, néanmoins si de sa gloire j'étais pourvu, cela me plairait, vu que ce ne serait pas par le sang et la guerre, mais comme intellectuel, que j'y serais parvenu.
Pourtant, créer un monde ne suffit pas. Non, ce qu'il faut c'est, de chaque sentiment et de chaque événement, tirer nous-mêmes l'essence ; car c'est de ce pouvoir si étrange et incomparable que vient la sublimation de l'art. Il faut aimer ce que l'on bâti et savoir l'apprécier correctement, pour y voir les erreurs qui s'y glissent.
Être écrivain, c'est être Inventif.


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