Narrateur parlant de la mère de Kevin
Même aujourd'hui je ne puis penser autrement : Mylène Tacles, née Foucher, était merveilleuse quand elle était inquiète. Ses yeux cherchaient les réponses. Ils se frayaient un chemin à travers les choses, cherchaient les hiéroglyphes dans les murs et les plafonds, observaient les coins pour y voir des messages : des réponses inexistantes. Son visage entier était en mouvement, ses lèvres s'ouvrant sur ses dents blanches, se fermant, puis se rouvrant, comme si un ordre leur avait été donnée. L'ordre de penser colère, mais de ne pas dire la colère. Et son nez, petit et joli, se relevait par moment, révélant toute l'inquiétude et toute la beauté de cette femme. Elle cherchait les réponses dans les contours de son interlocuteur, non pas en la personne elle même, mais dans ce qui l'entourait. Peut-être y avait-il, chez Mylène, une force qui l'intimait à penser que l'humain ne pouvait être fautif. C'était à ses yeux la vie elle-même qui faisait de l'homme un fautif, alors elle cherchait autour, et ses mains hésitaient entre se poser sur les épaules de Kevin, ou rester inerte. Cette droiture, qu'elle conservait alors, était la révélation suprême de sa beauté maternelle. Car entre ces deux bras, entre ces deux mains, il y avait ce corps tout en pulsion, tout en force et merveille.
Mylène Tacles, née Foucher, était une femme merveilleuse et son inquiétude était encore plus belle qu'elle. Une mère, dans toute sa beauté. Une mère, déesse d'une seconde, quand l'inquiétude frémissait en elle...
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