Watchmen
Qu'est-ce que Watchmen ?
Si vous pensez que Watchmen raconte l'histoire de plusieurs héros doués de capacités extraordinaires, vous n'avez pas tort. Mais ce n'est pas sur cela que je vais axer mon propos. Songer qu'il s'agit d'une histoire de héros est normal, puisqu'ils portent tous des noms de héros, et un des personnages (le plus inquiétant et le plus « schizophrénique » de cette histoire) – Rorschach – semble avoir découvert un complot terrifiant qui viserait à détruire les Gardiens pour parvenir à détruire le monde par la guerre atomique. Rien de plus héroïque que d'éviter cette catastrophe, j'en conviens.
L'œuvre originale, scénarisée par Alan Moore lui-même, et dessinée par Dave Gibbons, est un roman graphique complexe et fort. Politiquement déjà, car Margaret Thatcher est au pouvoir en Angleterre, Ronald Reagan en Amérique. Le progrès n'est pas au rendez-vous, le monde reste figé, et Watchmen est un doigt pointé sur cette immobilité et cette oisiveté. On ressent toujours les effets nocifs de la Guerre Froide, et ces personnages, sortes de héros mystiques, de personnes providentielles, dont Alan Moore ne cesse de faire la critique, sont des caractères mordant qui attaquent et griffent les idées inintéressantes - pour Moore - de cette époque. Une critique juste, cinglante, probante.
C'est un œuvre sociale, car elle vise à montrer ce qu'est le monde, ce que les personnes essaient de faire pour changer les choses – ou pour les laisser comme elles sont. Le Comédien, en cela, reste un personnage fort, car bien que le film ne nous montre que sa « comédie », le roman graphique le montre également comme un protecteur fou, portant sur ses épaules le drapeau américain.
Néanmoins, Zack Snyder est parvenu, en quelques deux heures de film, à nous montrer ce qu'Alan Moore et Dave Gibbons essayaient de prouver : la dérive d'une société et la démence continuelle des esprits supérieurs.
Ozymandias, se prenant pour un dieu, apparaît comme l'intelligent, le millionnaire... en bref : le seul personnage capable de faire en sorte que le monde change. Mais sa vision d'une supériorité qu'il incarnerait, d'une déité qui lui serait donnée, d'un culte qui lui serait voué, le rend complètement différent de toutes les personnes qui se trouvent autour de lui.
Les images choisies par Snyder sont justes, elles frappent avec précision. La dérive de la société saute aux yeux, avec Rorschach – qui n'est que le bouclier armé qui lutte contre le crime de bas étage, le crime sale – qui ne cesse de voir le monde comme son esprit lui dicte. Sans grandes idées, finalement, mis à part les siennes. Écoutera-t-il les autres ? Impossible ! Il mènera même les autres, certainement, à commettre de plus grands crimes, et à faire tomber une paix à peine forgée.
L'une des critiques d'Alan Moore – car on ne peut dire que ce soit celle de Zack Snyder – qui reste la plus forte, est celle de l'homme providence, qui deviendrait alors Dieu, par une évolution maladive.
Le Docteur Manhattan est ce que l'on pourrait appeler, à l'échelle humaine, un monstre. Mais il n'est finalement "que" Dieu, il ne peut réagir face à la bêtise humaine, face à l'ignorance de ces personnes qu'il peut détruire et créer. Dieu, en cela, ne pourrait être à l'image de l'homme, car sinon, Dieu n'est pas Dieu. Finalement, un être divin réagissant comme un humain ne serait nullement divin, mais humain, et uniquement humain.
Le film de Zack Snyder se permet quelques écarts – et Alan Moore, comme pour les autres adaptations, ne touchera d'ailleurs aucun centime – pour parvenir à ses fins. Deux films auraient dû être fait, pour raconter, non pas l'histoire de Manhattan et de Rorschach, mais l'histoire d'une société qui se transforme, qui éclate en lambeau, et qui se reconstruit, avec lenteur, pour devenir ce qu'un seul être a voulu.
L'uchronie est parfaite, mouvante.
Et l'irréalisme d'une seule phrase pousse le spectateur à l'incompréhension :
« Dieu existe, et il est américain... »
Quelle plus extraordinaire critique peut-on faire de l'homme face à cette petite phrase, courte, cinglante, forte, et qui fait basculer l'homme a un niveau jamais atteint d'outrecuidance et de puissance ?
Mais aussi, et fatalement, d'erreur ?


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